Découvrir l’Exed Mines ParisTech
Par type de formations
Par thématiques
Rechercher
Accueil » Paroles d'experts » Territoires, énergie, dépendances : trois questions à Arthur Keller
Au cœur de l’actualité, la hausse des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques et les contraintes sur les ressources révèlent des dépendances structurelles qui reconfigurent directement les équilibres des territoires et les conditions de la décision. Dans cet article en trois questions, Arthur Keller, spécialiste de la sécurité globale des territoires face aux risques systémiques revient sur ces enjeux. Arthur Keller interviendra lors de la deuxième journée du parcours « Territoire, Énergie, Climat » qui débutera le 28 mai 2026.
[Arthur Keller] Depuis longtemps, la gestion des risques repose sur l’identification d’aléas clairement identifiés – industriels, naturels, technologiques – et localisés. Mais cette approche atteint ses limites face à l’émergence de risques de ruptures de continuité systémiques.
Contrairement aux risques-évènements ponctuels, ces risques-processus fragilisent l’ensemble du système socio-économique mondial et remettent en question la viabilité même de nos modèles de société productivistes, consuméristes et matérialistes. Ils vont bouleverser des équilibres géostratégiques, politiques, socio-économiques, sociétaux, dans un contexte de descente énergétique et matérielle.
Parmi ces processus : des ruptures prolongées, voire irréversibles, d’approvisionnement en ressources vitales ou stratégiques. Ces perturbations ne concerneront pas seulement des territoires isolés mais le monde entier, certains ensembles régionaux plus rapidement que d’autres, avec des propagations de chocs en cascade. Le blocage du détroit d’Ormuz est-il la bascule d’un domino clé du système vers le grand rebroussement de l’ère de l’abondance vers celle de la pénurie ? ou une crise passagère ? L’avenir le dira.
Quoi qu’il en soit, les territoires ne recensent que des risques identifiables au sein de leur périmètre géographique et peinent à se projeter dans des scénarios de basculement. Leur capacité à gérer les points de bascule sera d’autant plus dégradée qu’ils auront failli à prendre au sérieux l’hypothèse.
L’approche par les risques systémiques requiert un effort psychique et de méthode, mais au contraire des logiques conventionnelles, elle permet de mieux hiérarchiser les priorités et structurer les efforts.
[Arthur Keller] Elles révèlent surtout les fragilités structurelles de nos organisations territoriales et un manque d’anticipation. L’économie s’est mondialisée autour d’une spécialisation des territoires, qui exportent ce qu’ils produisent et importent ce qu’ils consomment. Ce modèle repose sur l’acheminement ininterrompu, à flux tendu, d’énergie, matières premières et marchandises aux quatre coins du globe. Il a engendré des gains d’efficacité mais a tout rendu dépendant du bon fonctionnement perpétuel de chaînes logistiques.
Si l’abondance de carburants et d’énergies bon marché n’est plus garantie, les risques de ruptures prolongées croissent. La hausse des coûts énergétiques agit ainsi comme un révélateur de tensions. Elle met en évidence des territoires impréparés, tributaires de flux externes qu’ils ne maîtrisent pas, exposés à des chocs systémiques pouvant affecter en profondeur leur fonctionnement.
[Arthur Keller] Il devient vital de dépasser les approches réductionnistes « en silos » qui se contentent de traiter les problèmes à travers les prismes d’experts : cette logique « solutionniste » peut fonctionner dans des environnements simples voire compliqués, mais est inopérante dans un monde complexe, où les réponses fragmentées sont inefficaces voire contreproductives.
Les sociétés sont des systèmes complexes aux comportements assez imprévisibles, souvent irrationnels. Sans prétendre pouvoir tout modéliser, la systémique permet de mieux saisir ces dynamiques et de limiter le recours à des « solutions » trop spécifiques qui peuvent aggraver la situation globale.
Construire une vision d’ensemble des enjeux conduit à englober dans une lecture cohérente les objectifs, les leviers d’action, les contraintes et les liens avec la société et la nature. Cette approche renouvèle la façon de poser les problèmes et de concevoir les réponses. Elle facilite le tri sélectif des ambitions, raisons d’être, outils et stratagèmes, et permet d’allouer les moyens de façon pertinente et de limiter les espoirs irréalistes.
Elle favorise ainsi des stratégies transversales plus cohérentes et nécessitant moins de ressources, facteurs clés dans un monde incertain et contraint. Malgré la tendance à simplifier les enjeux et à se satisfaire d’une série de « solutions » localisées, cette approche fournit aux décideurs, organisations et citoyens une palette de leviers actionnables pour relever les défis présents et se préparer aux crises futures. Un sursaut est encore possible.
Ces enjeux sont au cœur de la conférence d’Arthur Keller intitulée « Territoires et risques systémiques » dans le parcours « Territoire, Énergie, Climat ». Il y propose une analyse des dépendances et des vulnérabilités qui structurent aujourd’hui les territoires, ainsi que leurs implications pour l’action.
Sous la direction de Maxime Blondeau, plus d’une dizaine d’experts de référence, parmi lesquels Emma Haziza, Arthur Keller, Aurélien Bigo ainsi qu’Éric Guilyardi, confronteront les faits afin de structurer une compréhension systémique des transformations territoriales, énergétiques et climatiques.
Conçu dans l’esprit d’un cycle de conférences, le programme se déploie en trois journées : 28 mai, 16 juin et 2 juillet 2026.
Jeudi 28 mai 2026
Terre, environnement & développement durable
Programme court
3 jours
2 100€ HT HT (2 520€ TTC ttc)
Contactez-nous pour une formation sur-mesure
Merci ! Votre inscription à notre lettre d'information a bien été prise en compte.